La moustache- Emmanuel Carrère

Psychologie 21 octobre, 2025 Intermediate

A psychological thriller where a man, one day, finds himself without his mustache – a seemingly trivial detail that nonetheless shatters his entire perception of reality. As those around him refuse to believe him, he becomes trapped in a whirlwind of doubts and questions about his own mind. Between mystery and paranoia, this gripping novel delves into memory, identity, and the boundaries of truth. A fascinating journey into gentle madness and the traps of illusion.

ある日、男が自分のひげが無くなっていることに気づく—一見些細なことのように思えるが、それが彼の現実認識を根本から崩してしまう。周囲の人々は彼を信じようとせず、彼は自分の心に対する疑念と問いかけに巻き込まれていく。ミステリーと偏執狂の間で、この魅力的な小説は記憶、アイデンティティ、そして真実の境界を掘り下げていく。穏やかな狂気と幻想の罠への魅力的な旅。

« Que dirais-tu si je me rasais la moustache ? »
Agnès, qui feuilletait un magazine sur le canapé du salon, eut un rire léger, puis répondit : « Ce serait une bonne idée. »
Il sourit. A la surface de l’eau, dans la baignoire où il s’attardait, flottaient des îlots de mousse semés de petits poils noirs. Sa barbe poussait très drue, l’obligeant à se raser deux fois par jour s’il ne voulait pas, le soir, avoir le menton bleu. Au réveil, il expédiait la tâche face au miroir du lavabo, avant de prendre sa douche, et ce n’était qu’une suite de gestes machinaux, dépourvue de toute solennité. Le soir au contraire, cette corvée devenait un moment de détente qu’il organisait avec soin, veillant à faire couler l’eau du bain par la douche, afin que la vapeur ne brouille pas les miroirs qui entouraient la baignoire encastrée, disposant un verre à portée de sa main, puis étalant longuement la mousse sur son menton, passant et repassant le rasoir en prenant garde de ne pas attaquer sa moustache dont il égalisait les poils ensuite avec des ciseaux. Qu’il dût ou non sortir et paraître à son avantage, ce rite vespéral tenait sa place dans l’équilibre de la journée, tout comme l’unique cigarette qu’il s’accordait, depuis qu’il avait cessé de fumer, après le repas de midi. Le calme plaisir qu’il en tirait n’avait pas varié depuis la fin de son adolescence, la vie professionnelle l’avait même accru et lorsqu’Agnès raillait affectueusement le caractère sacré de ses séances de rasage, il répondait qu’en effet c’était son exercice zen, l’unique plage de méditation vouée à la connaissance de soi et du monde spirituel que lui laissaient ses vaines mais absorbantes activités de jeune cadre dynamique. Performant, corrigeait Agnès, tendrement moqueuse.
Il avait terminé, à présent. Les yeux mi-clos, tous les muscles au repos, il détaillait dans le miroir son propre visage, dont il s’amusa à exagérer l’expression de béatitude humide puis, changeant à vue, de virilité efficiente et déterminée.
 Un reste de mousse adhérait au coin de sa moustache. Il n’avait parlé de la raser que par plaisanterie, comme il parlait quelquefois de se faire couper les cheveux très courts — il les portait mi-longs, rejetés en arrière. « Très courts ? Quelle horreur, protestait immanquablement Agnès. Avec la moustache en plus, et le blouson de cuir, tu ferais pédé.
— Mais je peux aussi me couper la moustache.
— Je t’aime bien avec », concluait-elle. A vrai dire, elle ne l’avait jamais connu sans. Ils étaient mariés depuis cinq ans.
« Je descends faire quelques courses au supermarché, dit-elle en passant la tête par la porte entrouverte de la salle de bains. Il faudra partir d’ici une demi-heure, alors ne traîne pas trop. »
 

Key Takeaways

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